Vendredi, 19 heures, un couple quitte Dijon avec un programme chargé : les cascades du Hérisson le samedi matin, Château-Chalon l’après-midi, un dîner au bord d’un lac, puis le Haut-Jura le dimanche. Sur la carte, tout tient dans un mouchoir de poche. Dimanche soir, ils rentrent en ayant passé plus de temps au volant que sur les sentiers, et trouvé porte close dans la moitié des villages traversés. Le scénario est banal en novembre, et il tient presque toujours aux mêmes erreurs.
Croire que tout est à vingt minutes
Le Jura se lit mal sur une carte routière. Entre le vignoble, posé au pied du premier plateau, et la région des lacs, il faut franchir des reculées, ces vallées en cul-de-sac fermées par un cirque de falaises. Les routes les contournent, montent en lacets, traversent des villages où l’on roule au pas, puis redescendent. Une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau peuvent ainsi demander trois quarts d’heure, et davantage derrière un tracteur ou dans le brouillard du matin.
Hors saison s’ajoute la nuit qui tombe tôt. En novembre, il fait sombre vers 17 heures, et les routes de plateau, sans éclairage, parfois sans marquage au sol, fatiguent vite un conducteur qui ne les connaît pas. Compter les trajets en temps plutôt qu’en kilomètres, et prévoir d’arriver à l’hébergement avant la nuit, change déjà beaucoup la physionomie d’un week-end.
Partir aux cascades sans regarder la météo de la semaine
Le site du Hérisson change du tout au tout selon la saison. Après plusieurs jours de pluie, les chutes grondent et les embruns mouillent le sentier ; après un été sec, certaines ne sont plus qu’un filet d’eau sur la roche. Le spectacle dépend donc du temps des jours précédents, pas seulement de celui du jour de la visite : une semaine pluvieuse suivie d’un samedi sec reste la meilleure combinaison.
L’équipement compte autant que le calendrier. Le parcours, en forêt, enchaîne marches, passerelles et passages rocheux que les feuilles mortes et l’humidité rendent glissants. Des baskets de ville y sont une mauvaise idée ; des chaussures de randonnée à semelle crantée, une veste de pluie et une lampe frontale au fond du sac évitent la plupart des mauvaises surprises. Mieux vaut aussi commencer la balade le matin : sous les arbres, la lumière baisse dès le milieu de l’après-midi.
Arriver le dimanche soir en espérant dîner au village
Entre la Toussaint et les fêtes de fin d’année, beaucoup d’établissements de village réduisent leurs jours d’ouverture, ferment le dimanche soir et le lundi, ou prennent leurs congés annuels. Les caveaux du vignoble suivent souvent la même logique : en semaine, plusieurs domaines ne reçoivent que sur rendez-vous. Rien de dramatique, à condition de l’avoir anticipé avant de s’engager sur une route de plateau à 20 heures, l’estomac vide.
Deux habitudes suffisent. D’abord, réserver le dîner du premier soir avant de partir. Ensuite, passer dans une fruitière ou une épicerie de village le samedi matin pour avoir de quoi improviser un repas froid : un morceau de comté, une saucisse de Morteau, du pain, et la soirée est sauvée.
Oublier que le Haut-Jura n’a pas le climat du vignoble
Le vignoble s’étage à quelques centaines de mètres d’altitude, quand Les Rousses dépassent les 1 000 mètres. Une journée douce à Arbois peut très bien correspondre à une route verglacée sur les hauteurs, et la neige arrive parfois sur le Haut-Jura dès novembre. Le brouillard est l’autre surprise de la saison : par temps calme, il peut rester accroché aux vallées toute la matinée pendant que les plateaux sont au soleil, ou l’inverse, ce qui rend vain un belvédère visé à 9 heures et magnifique à 14.
Depuis l’hiver 2021-2022, une obligation d’équipement s’applique dans de nombreuses communes du massif, en application de la loi Montagne : du 1er novembre au 31 mars, les véhicules doivent soit transporter des chaînes ou des chaussettes à neige, soit rouler en pneus hiver. La liste des communes concernées est fixée par arrêté préfectoral et signalée par des panneaux à l’entrée des zones. Une voiture de location prise en plaine n’est pas toujours équipée : la question mérite d’être posée au comptoir, avant de signer.
Vouloir tout voir en deux jours
C’est l’erreur qui contient toutes les autres. Le département se découpe en étages : le vignoble et ses reculées, le plateau des lacs, puis le Haut-Jura et ses forêts d’épicéas. Hors saison, avec des journées courtes, deux étages voisins suffisent largement pour un week-end. Quelques combinaisons qui fonctionnent :
- Château-Chalon et la reculée de Baume-les-Messieurs, pour les villages de pierre, les caveaux et les belvédères ;
- les cascades du Hérisson et le belvédère des Quatre Lacs, pour qui vient d’abord marcher ;
- Les Rousses et la forêt du Risoux, si la neige est déjà là et que l’on vise le ski nordique ou les raquettes.
Pour bâtir ce genre de programme sans y passer la soirée, l’outil de week-end publié par atmo-franche-comte.org part du département de départ, du temps disponible, de l’envie du moment et de la saison, ce qui oblige à trancher avant de charger la voiture. Le principe vaut d’ailleurs avec ou sans outil : décider d’abord ce que l’on ne fera pas, et s’y tenir. Autre détail qui fait gagner du temps le dimanche matin : dormir au milieu du secteur choisi plutôt qu’à sa lisière.
Dernier réflexe, qui évite bien des déconvenues : la veille, appelez le caveau, la fruitière ou l’auberge où vous comptez vous arrêter. Hors saison, les horaires affichés en ligne ont parfois un train de retard, et un coup de fil de deux minutes vaut mieux qu’un détour de quarante.
